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Jacques Lusseyran, aveugle, résistant, enseignant, écrivain

« Il est des livres qui laissent de telles joies, comblent tant leurs lecteurs qu’ils font l’effet d’une rencontre sidérante comme l’amour, pleine d’émerveillements et de questions timides. Ouvrir Et la lumière fut (Éd. du Félin, 288 p. 11, 90 €) ou Le Monde commence aujourd’hui (Ed. Silène, 125p. 16 €), c’est se cogner en pleine course à un être magnétique qui puisa au fond de sa nuit une lumière sublime, la fit ruisseler sur les autres, en actes et surtout en mots dont l’enveloppante puissance, quatre décennies après sa mort (en 1971), reste entière. o« À trente-quatre ans, il me semble que je viens de naître », écrivit un jour leur auteur, Jacques Lusseyran, jeune universitaire devenu aveugle à huit ans, chef d’un réseau de résistance à seize, arrêté par la Gestapo et interné à Buchenwald alors qu’il n’en avait pas vingt.
Intrigué parce que troublé par l’homme : « J’ai découvert Jacques Lusseyran avec Et la lumière fut », écrit Jérôme Garcin, Journaliste à l’Obs et animateur de l’émission « Le masque et la plume » sur France Inter le dimanche soir, écrivain attaché à sauver la mémoire d’auteurs injustement oubliés, dans Le Voyant (Éd. Gallimard, 192 p., 17,50 €). « Je me souviens très bien des émotions contradictoires que j’éprouvais à la lecture de ce témoignage magistral et capital. Le récit de ce héros, qu’aucun romancier n’aurait osé inventer, n’était-il pas trop exemplaire pour être vrai ? ».
Intrigué parce que attrapé par une langue extraordinaire d’amplitude et de générosité : « Tous ces mots, jaillis de la nuit absolue, avaient un éclat incomparable, ils répandaient sur la page une lumière éblouissante, presque trop crue ». Avec Le voyant, Jérôme Garcin a donc voulu raconter « pour comprendre »…
À la suite d’une banale bousculade à l’école, sa tête frappe un bureau, ses lunettes rigides se cassèrent et ses yeux avec. Énucléation... « La découverte fondamentale, je l’ai faite dix jours à peine après l’accident qui m’avait rendu aveugle. Elle me laisse encore ébloui (…) J’avais perdu mes deux yeux, je ne voyais plus la lumière du monde, et la lumière était toujours là »...
Enfant précoce et intrépide,… il apprit le braille en quelques mois, reprit place aux côtés de ses petits camarades et fit de très brillantes études. Lorsque la guerre éclata, il créa son réseau de résistants, en assura le recrutement… tout en préparant Normale sup… En 1943 ce fut l’arrestation, la prison, Buchenwald et le miracle de la survie…
Le professeur sans yeux… fut accueilli à bras ouverts aux tats-Unis…Il fut un être libre et sensuel suprasensible et jamais rassasié de beauté…
Livre juste et pudique des contrastes de la nature humaine, Le voyant révèle ces profondeurs que Jacques Lusseyran, avec son regard à lui, savait si bien explorer chez les autres, au timbre de leur voix ou au rythme de leurs pas. » Arnaud Schwartz. La Croix 22 01 15.

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